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« Je suis né hétérosexuel ! », « On naît pédophile », « On ne choisit pas son identité». Ou encore : « La part de l’inné est immense ! »… Le Président de la République Française se permet aussi d’affirmer que dans l’imaginaire de «l’Homme africain», « il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès ».
« Le principe de l’inégalité fatale et irrémédiable, puisque naturelle, est donc affirmée d’entrée de jeu », relève Gilbert Rignault. « Ce point de vue sous-tend les formes variées du racisme et du fascisme ».
Une réflexion acérée sur les méfaits de cette « pensée unique », résolument droitière, qui a fait perdre leurs repères et oublier leurs valeurs à bien des leaders de gauche. Un salutaire traité de résistance au conditionnement des esprits.
Entre 1998 et 2005, les 3.500 foyers « super-riches » de France, n’ont vu leurs revenus augmenter « que » de 42,6%, et la fortune professionnelle de Bernard Arnault n’a elle augmenté « que » de cinq milliards d’euros en un an : des travailleurs modèles ! Et ses électeurs approuvent le Président, qui améliore cette situation épouvantable d’une ombrelle fiscale bienfaitrice et empreinte de compassion humanitaire.
Quelques jolis paquets enrubannés à l’effigie de la République viennent donc alourdir encore la guirlande de cadeaux qui sont offerts depuis plus de trente ans à ces travailleurs d’élite pour les récompenser d’avoir tant « travaillé plus ». Même si on n’a pas lu L’idéologie allemande de Karl Marx, on peut admettre que les membres de ces foyers-là aient unanimement, sans que l’on puisse soustraire la moindre défection, voté pour un Président qui promettait d’améliorer sérieusement leur sort pitoyable. Que Bigard éructe de plaisir, que Johnny revienne de Gstaad à cloche-pied mais tout sourire, que Doc Gynéco susurre « hum… hum… » lorsqu’on lui demande pourquoi il a voté pour le Président, que Polnareff cache désormais la porte d’Aix de son postérieur reconnaissant sous une immense toile tricolore, chantant, lui aussi, « Je suis un homme…», que Jacquouille La Fripouille lui-même, comme Godefroy « le hardi », Comte de Montmirail, d’Apremont et de Papincourt, dépaysés par les moeurs du temps, et particulièrement de la République, aient prêté serment d’allégeance au suzerain le plus proche du leur : « Quoi de plus naturel, en somme ?... »
D’ailleurs pourquoi aimerait-on d’un amour particulier le pays où l’on paie ses impôts ? Comme le disait Desproges : « l’Homme est bon, certes… mais n’exagérons pas : le veau est meilleur. »
Logique que ces bourgeois parvenus tirent l’échelle après eux et ne veuillent y laisser monter personne. Logique aussi que les frontistes, 18% des électeurs du Président, délaissent leur leader dès le premier tour et votent pour celui qui avait le même programme que Le Pen et avait l’opportunité de « passer ». Ils ont particulièrement apprécié le projet de privatisation de tous les services publics à l’exception de l’armée et de la police, la stigmatisation des immigrés, des juges laxistes, et la préconisation du « tout répressif ». Logique, ensuite, que certains esprits fragiles, en mal de reconnaissance, se soient laissés abuser par la grossière habileté du Président qui a pris soin d’accueillir dans son équipe une Arabe de service, une Africaine de complaisance, un Juif de bons offices, et même une banlieusarde « ni pute ni soumise », qui cherchait sa voie et qui l’a enfin trouvée : adjointe de Mme Boutin, laquelle, comme on l’a dit, est militante anti-avortement…
Pour arriver aux 53% du Président, restait quand même un fort reliquat. La Droite classique représente, selon la pluviométrie du jour du scrutin, 25 à 35% des électeurs. Mais les autres ? Les petits salariés, les chômeurs, les intellos, les humanistes, les assujettis à la sécurité sociale, les parents d’élèves, les profs, les instits, les employés de la SNCF, les éboueurs, les gueux, toute la France d’en bas ? A la louche, 50% d’entre eux seulement n’ont pas voté pour lui et 50% ont considéré que leur intérêt personnel était identique à celui de M. Arnault, septième fortune du monde selon le magazine Forbes (et qui a augmenté, rappelons-le, de cinq milliards d’euros en un an), patron d’un empire du luxe et proche du Président, ou à celui de Liliane Betancourt, dont la valeur du patrimoine professionnel, aujourd’hui dépassée par celle de M. Arnault, était estimée, en 2004, selon le magazine Capital, à plus de 15 milliards d’euros, soit environ 100 milliards de francs. Cette somme équivaut à ce que gagne (en brut) un smicard en… un million d’années ! Et encore ne s’agit-t-il que de son patrimoine « professionnel », c’est-à-dire des biens fondés sur la propriété partielle ou totale de ses entreprises… Cette richesse n’est, il est vrai, disponible qu’en cas de cession de l’entreprise. Le patrimoine total des 10 familles les plus riches de France s’élève à 70 milliards d’euros, soit à peu près le montant du budget annuel du ministère de l’Éducation nationale et de la recherche… Quant aux revenus perçus annuellement… Le yachtman Bolloré faisait figure de pauvre en 2004, son patrimoine ne s’élevant qu’à 1,77 milliards d’euros soit, quand même, 110 000 années de Smic !
De nombreux petits salariés, chômeurs, banlieusards, etc., ont donc estimé qu’ils menaient le même combat que ces braves gens ! L’habitude de s’identifier à un « gagneur »… |