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Robert Aron et Arnaud Dandieu n'étaient à l'époque, ni économistes, ni historiens, ni prévisionnistes... et pourtant voilà ce qu'ils écrivaient il y a 77 ans ! Une guerre mondiale, et des conflits un peu partout dans le monde, des décennies plus tard, rien n'a-t-il donc changé suffisamment pour qu'à la lecture de ce livre on ait le sentiment qu'il a été écrit par des observateurs d'aujourd'hui.
Paru en octobre 1931, soit deux ans après la crise de Wall Street, Le cancer américain est le second ouvrage publié par Robert Aron et Arnaud Dandieu, deux des figures marquantes des relèves des années trente qui sont aux origines d'un des mouvements emblématiques de la nébuleuse "non conformiste", l'Ordre nouveau. Si le titre choisi, " le cancer américain ", frappe aujourd'hui par sa véhémence, il est tout aussi fort, vu de 1931, époque où l'Amérique triomphante de l'après-guerre nourrit déjà les peurs et les inquiétudes de beaucoup d'Européens.
... La crise américaine elle-même est pour nous un danger encore plus grand, s'il se peut, que n'était la prospérité américaine, malgré l'impérialisme et les volontés d'expansion dont celle-ci s'accompagnait. Propérité provisoire artificielle et qui ne pouvait subsiter parce que défi au bon sens. Nous verrons qu'il est possible et même certain, par un fatalité interne, que les Etas-Unis courent à la ruine: mais si l'Amérique tombe, elle nous tombera dessus - ou nous tomberons en même temps.
... Des crises pourtant ce n'était pas la première: et depuis le temps que les économistes des diverses écoles les font entrer dans leurs systèmes, depuis plus d'un siècle que politiciens ou banquiers ont établi des techniques pour y parer, l'humanité blasée devrait être bien mithridatisée contre elles. Or une panique telle qu'on en avait vu au Moyen-Age ou dans les dernières années de la Monarchie ne tarda pas à éclater...
La panique est dans les esprits: elle y était même bien avant qu'elle n'ait au propre éclaté. La panique naît de la rupture de tous les contacts rassurants: elle naît de l'isolement, de la fraude, de l'abstraction. Quand une crise bancaire éclate ou qu'un mysticisme s'effondre, il n'est plus rien où s'accrocher aux déserts des spéculations pures...
Ce premier aspect du mal contre lequel il faut lutter ... c'est justement celui de la grande peur, seule forme de réaction jusqu'ici manifestée par le monde en face du cancer américain depuis longtemps issu hors de ses frontières à supposer qu'il en ait jamais eu.
Sur ce monde moderne si orgueilleux, si sûr de soi, que l'on prétend si conquérant et si fort une véritable fatalité pèse. Transformant en peur chacune de ses velléités exceptionnelles, faisant aboutir en débâcle tous ses efforts héroïques, elle se solde par des faillites, et tous les grands efforts de cette époque ne semblent s'exprimer valablement que par la panique. Panique financière résultant d'une épopée du crédit, telle qu'on en a jamais vu - panique sociale, où aboutit un ensemble de préoccupations et d'efforts pour protéger la société tels qu'ils auraient dû donner à l'univers la paix définitive...
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