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Henry de Monfreid est, avec Jack London, l’un des seuls authentiques aventuriers-écrivains. L’un tenté par le socialisme, l’autre par le fascisme, tout devrait les opposer, mais leur indifférence au danger et au «qu’en-dira-t-on» les fait se rejoindre dans la quête inassouvie d’un absolu individualiste.
L’oeuvre de Monfreid, très autobiographique, se lit comme un roman. Mais, le faux et le vrai se mêlent, surtout quand le héros – lui – a souvent le beau rôle. Ce pourrait être une première raison de ne pas aimer Monfreid. Il y en a mille autres encore: il a vécu du trafic de drogue; il assure ne pas s’être livré à la traite des noirs, mais, là où il vivait, la frontière était étroite entre esclave et serviteur; le trafiquant d’armes qu’il fut peut-il garantir n’avoir jamais traité avec l’ennemi? Toutes ses femmes, européennes ou indigènes, les a-t-il rendues heureuses ? Les a-t-il même aimées ? Quelle dureté avec certains de ses enfants! Où sont passés les tableaux de Gauguin ? Combien de ses employeurs Monfreid a-t-il volé? N’a-t-il pas du sang sur les mains? Opiomane, converti à l’islam, initié à la franc-maçonnerie, peut-il être érigé en modèle?
Ce «Qui suis-je?» Monfreid montre que l’auteur des Secrets de la mer Rouge symbolise le génie propre à un Européen, qui, fût-il seul, plongé dans un univers totalement étranger et hostile, sait triompher. Monfreid donne cette leçon de courage: prison, fortune, prison, fortune, prison; les séquences se succèdent, mais, toujours, il relève la tête. C’est bien une sorte de héros, malgré tout. Un homme à admirer. Et à lire.
L’AUTEUR
Militant de divers groupuscules «solidaristes», dans sa jeunesse, après un séjour dans les prisons de Moscou (1975) et dans les troupes phalangistes chrétiennes du Liban (1976), Francis Bergeron s’est essentiellement consacré depuis lors à l’action culturelle et à l’écriture. Il préside l’association (littéraire) des Amis d’Henri Béraud (500 adhérents). Auteur de livres pour enfants, il a vendu 300000 exemplaires de la série du «Clan des Bordesoule». Sur un plan purement professionnel, Francis Bergeron participe à la direction d’un groupe industriel international de premier plan. |