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Préface générale et introduction de Michel Vanoosthuyse. Traduction revue de l’allemand par Maryvonne Litaize & Yasmin Hoffmann.
Récit des derniers jours de la présence allemande en Alsace-Lorraine, Bourgeois et soldats installe le roman au milieu de l’agitation, soldats révoltés et population civile mêlés : officiers provisoirement détrônés et bourgeoisie locale en spectatrice ricanante ; amours qui se font et se défont; petits trafics, chapardages, et enfin les drapeaux tricolores cousus à la va-vite…
Romancier et médecin, Alfred Döblin (1878–1957) est surtout connu pour son roman Berlin Alexanderplatz (1929). Né au sein de la bourgeoise juive, il déménage très tôt pour Berlin, ville qui a profondément influencé son œuvre et où il vivra jusqu’à son exil à Paris en 1933 – qu’il fuira en 1940 pour les Etats-Unis. Pendant la Première Guerre mondiale, déclaré inapte au service sur le front, il est affecté comme médecin militaire en Lorraine puis en Alsace, expérience qui nourrit le premier des quatre tomes du roman historique Novembre 1918. Le succès, dès sa parution, de Berlin Alexanderplatz, cache une œuvre immense, encore largement méconnue, une situation dont Döblin souffrira lorsqu’en 1945 il revient dans une Allemagne où ce contestataire sans drapeau n’a plus de place et peine désormais à se faire éditer. C’est pendant la rédaction du dernier tome de Novembre 1918, consacré à l’écrasement de la révolution spartakiste, qu’il s’est converti au catholicisme. La parution inédite en français de Karl et Rosa comble un peu les lacunes de la bibliographie de ce grand oublié de la littérature allemande.
« La révolution, héritière de la guerre, avait pris maintenant la forme de simples soldats ou de civils assis derrière une table en bois, brassard rouge au bras : elle examinait des papiers, en délivrait ou orientait les expulsés. Jour après jour ces baraques étaient la scène de crises de désespoir, le théâtre où s’exprimaient tous les tourments, jusqu’au mutisme né du sentiment d’être anéanti. Certains cependant poussaient un soupir de soulagement et rayonnaient en arrivant sur le sol de la patrie. Mais on voyait aussi des hommes et des femmes bien habillés, sans doute des fonctionnaires, des enseignants, ils entraient dans les baraquements, observaient faits et gestes pour se joindre à la file de ceux qui faisaient tamponner leurs papiers. Eh oui… c’étaient bien eux, en civil ou en uniforme, ceux aux cocardes et aux brassards rouges, les vrais fautifs ! Calmes et sérieux, voire gentils et compatissants, ces hommes simples faisaient leur travail. Sans un mot, les membres du conseil de soldats signaient et tamponnaient, tête baissée. Ils n’étaient guère versés dans l’art d’écrire. Les dames et messieurs qui attendaient les contemplaient de haut avec haine. Ils les haïssaient plus que la foule là-bas. C’était une haine effrénée. Tel le loup qui s’apprête à planter ses crocs dans la nuque de l’agneau endormi, ils regardaient d’en haut les membres du conseil. » |