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Disponible en :: Littérature

Monsieur Ouine
 
Monsieur Ouine Quantité dans le panier : Vide
Code : 2392-FP-ER
Prix : 42,00€

Auteur[s] : Georges Bernanos
Éditeur : Les Éditions de la Reconquête
Pages : 400

Dimensions (cm) : 14,5 x 20
Autre : Edition numérotée. Une illustration
Quantité :
 
Appareil critique :
Robert Brasillach – Bernanos ou la tentation du Désespoir ;
Bruno Lafourcade – Les Boues profondes de Georges Bernanos

Monsieur Ouine a été écrit entre février 1931 et mai 1940. Ses dix-neuf chapitres furent rédigés en cinq étapes : les cinq premiers, en 1931 ; les huit suivants, de décembre 1932 à décembre 1933 ; trois autres, pendant les sept premiers mois de 1934 ; deux, en 1936 ; l’ultime, au début de 1940.

Ces dates témoignent que ce livre, que Bernanos a porté, posé et repris comme le Christ sa Croix, qui l’a accompagné, parfois comblé et souvent tourmenté neuf ans durant, a connu plusieurs stations : les difficultés matérielles (la toile où l’écrivain fut pris, comme d’autres, toute sa vie) ; les combats politiques (c’est entre le début et la fin de la rédaction de Monsieur Ouine, période rien moins que stérile, que paraissent plusieurs volumes violemment visionnaires, – et autant de récits) ; les angoisses esthétiques (qui culminent dans les premiers mois de 1934), liées au thème et à la complexité de l’œuvre, peut-être aiguillonnées à proportion du sentiment où il est de tenir son texte le plus accompli ; les attaques contre la carcasse, et singulièrement celle du 21 juillet 1933, l’accident de motocyclette qui, à Montbéliard, écrasa et sa jambe et son élan. – Bernanos doute, fléchit, met plusieurs fois le genou à terre – proprement et figurément –, avant de conduire à son terme la sombre histoire de la paroisse de Fenouille.

Curieusement, la parution du récit ne fut pas moins chaotique que sa composition. La guerre venant d’éclater en Europe, le roman vit d’abord le jour à Rio, aux éditions Atlantica Editora, en 1943, – mais dans une copie fautive, tronquée, et notamment amputée d’une partie du chapitre XIII ; or c’est sur cette version que Plon s’appuiera, en 1946, pour éditer une première fois Monsieur Ouine en France.

En 1938, Bernanos avait bien envoyé à son éditeur parisien la dactylographie définitive de la plus grande partie du livre (dix-huit chapitres sur dix-neuf), et en 1940 celle des pages ultimes ; mais le conflit mondial en a bouleversé la publication.

Près de dix ans plus tard, Albert Béguin remet la main sur le manuscrit définitif : ce sera la troisième édition de ce texte, – mais la première qui soit conforme à celle voulue par son auteur.

D’autres ont suivi, notamment en 1961 et 1966 ; cependant, depuis plusieurs décennies, Monsieur Ouine n’était plus disponible en volume autonome, et le public était privé du roman le plus ambitieux d’un grand écrivain français. – C’est ce vide, aujourd’hui, que les Éditions de la Reconquête viennent combler.

Bruno Lafourcade

Ainsi que l’indique Bruno Lafourcade dans sa présentation de l’ouvrage, il était plus que temps de mettre à nouveau à la disposition des lecteurs en un volume unique ce grand roman sombre et complexe de Bernanos.

Dans ce texte, selon son habitude, et ainsi que le fit Baudelaire dans ses poèmes, Bernanos explore le mal, non tant dans ses racines que dans ses manifestations. Ce mal qui couvre la terre du Seigneur au fond des hommes, comme le vent le fait si souvent dans le Journal de Maurice de Guérin : … Qui peut voir clair en soi ? Et par exemple, qui aime le mal ? Et pourtant lequel d’entre nous, s’il était en son pouvoir, oserait le chasser du monde ? – comme s’il était seul capable de faire avancer et perdurer les hommes.

Il semblerait que dans cet ouvrage, plus que dans les autres de Bernanos, le mystère et la poésie surviennent entre les scènes, plus que, comme c’est le cas généralement en littérature, entre les mots et les groupes de mots. Le propos de chacune des scénettes est clair et précis, et il est traité de manière correspondante. Les mots y nourrissent à satiété l’imaginaire.

La plupart des paragraphes de ce long chapelet littéraire pourraient se suffire à eux-mêmes, détachés du reste, comme autant d’objets de méditations, ou de petites pièces en prose, dictées modèles pour écoliers – ou bien encore, tels des extraits de dialogue d’une sobre dramaturgie.

De fait, l’ensemble fait penser à l’écriture mallarméenne portée aux dimensions d’un long roman. Car la forme du texte – construction et rythme – est véritablement très moderne, elle rappelle celle qu’adopteront un Robbe-Grillet, ou même, le nouveau roman (ou encore le cinéma français dit d’auteur), bien que tous ces derniers de par la nature de leur matière soient sans grand intérêt.

Et puis, il y a le grand et fameux sermon du timide prêtre de Fenouille – véritable doigt venu des cieux pointé sur la société des hommes – qui montre que dans l’univers de Bernanos, il est un crime, une souillure inhérente à cette société et aux hommes qui la composent, qui ne pourra jamais être lavée.

Nous complétons l’ouvrage par une étude de Bruno Lafourcade sur Monsieur Ouine : Les Boues profondes de Georges Bernanos ; et par le texte critique de Robert Brasillach sur Bernanos et son œuvre : Georges Bernanos ou la tentation du désespoir. Cet article écrit en 1931 fut repris dans Les Quatre jeudis. Images d'avant-guerre publiéaux Editions Balzac quelques mois avant l'assassinat du poète. Brasillach, critique hors pair, y déploie sa perspicacité et son intelligence coutumières, et le texte, comme l’épée du roi Arthur, demeure solidement enfoncée dans la pierre de l’œuvre de Bernanos.

Nous remercions Bruno Lafourcade d’avoir bien voulu nous suggérer cette réédition.

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