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Préface de Roland Breton
Alors que certains philosophes définissent la nation selon des critères objectifs comme la race ou le groupe ethnique partageant des caractères communs tels que la langue, Ernest Renan la définit dans ce texte qui fut l’objet d’une conférence prononcée à la Sorbonne en 1882, simplement par la volonté de vivre ensemble. Un court texte lumineux sur le bon usage de l’histoire et de la cohabitation des différences.
Auteur du XIXe siècle (1823–1892), Ernest Renan est philosophe, philologue, spécialiste des langues sémitiques, et historien français. Son ouvrage La Vie de Jésus lui fait perdre sa chaire au Collège de France tant il suscite de polémiques pour son interprétation rationaliste. En effet, son oeuvre s’applique à suivre les critères rigoureux de la recherche scientifique tout en usant d’un style poétique.
« De nos jours, on commet une erreur plus grave : on confond la race avec la nation, et l’on attribue à des groupes ethnographiques ou plutôt linguistiques une souveraineté analogue à celle des peuples réellement existants. Tâchons d’arriver à quelque précision en ces questions difficiles, où la moindre confusion sur le sens des mots, à l’origine du raisonnement, peut produire à la fin les plus funestes erreurs. Ce que nous allons faire est délicat ; c’est presque de la vivisection ; nous allons traiter les vivants comme d’ordinaire on traite les morts. Nous y mettrons la froideur, l’impartialité la plus absolue. […] Mais qu’est-ce donc qu’une nation ? […] Comment la France persiste-t-elle à être une nation, quand le principe qui l’a créée a disparu ? […] Pourquoi l’Autriche est-elle un État et non pas une nation ? En quoi le principe des nationalités diffère-t-il du principe des races ? Voilà des points sur lesquels un esprit réfléchi tient à être fixé, pour se mettre d’accord avec lui-même. » |