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Traduit du suédois par Alain Gnaedig
« Magnus fit rassembler les douze hommes de sa garde et la centaine de serfs et de paysans affranchis sur les hauteurs de la cour du château, afin que tous puissent le voir. On maintint difficilement la tête du serf, qui se débattait. Les deux hommes qui le tenaient se retrouvèrent plusieurs fois dans une position dangereuse sous l’épée levée. Magnus finit par abattre son arme et trancha net.
Arn regarda fixement les pieds nus et sales qui s’étaient d’abord débattus dans la neige avant de s’immobiliser. Il pria en silence, les yeux fermés, et demanda à Dieu de lui épargner d’assister à nouveau à un tel spectacle.
Mais Dieu ne lui répondit point, car il était écrit que nul homme du Svealand et du Götaland ne devait voir aussi souvent ces scènes que le petit Arn. »
Le Chemin de Jérusalem raconte la jeunesse d’Arn Magnusson, né en 1150 et élevé par les Cisterciens. Avant de se faire templier, il est le témoin des rivalités politiques qui agitent le territoire destiné à devenir la Suède.
Ce roman prend à contre-pied la vision traditionnelle d’un Moyen-Âge sombre et barbare pour dévoiler l’extraordinaire dynamisme du laboratoire culturel et politique qu’il a représenté. En filigrane, il érige en modèle les valeurs de tolérance et d’humanisme dont son héros est porteur.
La trilogie médiévale (XIIe-XIIIe siècles) d’Arn – Le Chemin de Jérusalem (1998), Le Chevalier du Temple (1999, à paraître chez Agone en janvier 2008) et Le Royaume au bout du chemin (2000) – trace, au travers de son personnage principal, le portrait d’un monde nordique qui, récemment converti au christianisme, se lance dans l’aventure des croisades, s’ouvrant ainsi à la religion et la culture musulmanes.
Roman historique, cette œuvre de Guillou nous propose une réflexion sur notre époque, notamment sur les rapports qu’entretiennent culture matérielle et culture spirituelle, les pièges de la politique prétendument pragmatique et les avantages de la mixité culturelle.
Épopée humaniste se présentant comme un véritable hymne à la tolérance, cette trilogie ne sombre pas pour autant dans le sentimentalisme. Si l’auteur ne nous fait aucunement grâce de l’extrême violence et des turpitudes inhérentes à la marche politique du monde (guerres et meurtres incessants, haines et rivalités politiques), il propose néanmoins des stratégies de défense et de lutte contre ces calamités.
Le journaliste et romancier Jan Guillou est né en 1944 à Sodertalj, en Suède. Très jeune, il est placé par sa mère dans une institution scolaire particulièrement violente. Expérience dont il tirera un roman autobiographique, La Fabrique de violence (1981), Agone, 2001.
Devenu journaliste pour payer ses études de droit, il publie un reportage sur cette école. Le scandale est tel que le gouvernement suédois ordonne la fermeture de l’établissement. Quelques années plus tard, en 1973, il enquête sur les activités d’un bureau de renseignement pratiquant le fichage de citoyens suédois au profit de la CIA. Ces révélations le conduiront en prison pour espionnage pendant plus de six mois.
Jan Guillou est également l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages (traduits en une quinzaine de langues), parmi lesquels une série de romans d’espionnage – Coq rouge – qui ont connu un immense succès populaire en Suède. Ses romans et ses écrits journalistiques sont marqués par une grande violence et des prises de positions à contre-courant.
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